{"id":1186,"date":"2015-12-04T16:58:00","date_gmt":"2015-12-04T15:58:00","guid":{"rendered":"http:\/\/massimilianomarraffa.com\/?p=1186"},"modified":"2017-01-09T11:09:06","modified_gmt":"2017-01-09T10:09:06","slug":"liberteegalitefraternite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/massimilianomarraffa.com\/?p=1186","title":{"rendered":"La r\u00e9sonance des miettes"},"content":{"rendered":"<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La distance est \u00e0 jamais infranchissable entre la repr\u00e9sentation et le r\u00e9el mais la tension est maximale qui permet \u00e0 notre tradition d\u2019exploiter toutes les figures de la pr\u00e9sence et de l\u2019absence. \u00c7a ne finira donc jamais? <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">On connaissait deux mani\u00e8res de mettre le r\u00e9el en boite. Le passage de la forme est, dans la fraction de seconde, <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">une technique de l\u2019oeil chez Cartier Bresson: c\u2019est la subjectivit\u00e9 du photographe qui produit des effets de v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une op\u00e9ration de capture dans laquelle le monde reste un ext\u00e9rieur objectif. A l\u2019inverse, on peut penser que le r\u00e9el et l\u2019objectivit\u00e9 sont une sorte de v\u00e9rit\u00e9 propre de l\u2019image, un travail int\u00e9rieur \u00e0 l\u2019image elle-m\u00eame dans la dur\u00e9e qu\u2019elle instaure (on peut dire alors qu\u2019une image travaille comme on dit qu\u2019un bois travaille). Dans les deux cas, on a pu faire de l\u2019image plus vraie que nature, \u00e0 force de transfiguration. C\u2019\u00e9tait bien. La \u00ab\u202fphotographie du r\u00e9el\u202f\u00bb, aujourd\u2019hui, propose-t-elle un retour en arri\u00e8re, une sorte de n\u00e9o-naturalisme? Non. C\u2019est plut\u00f4t l\u2019id\u00e9e que la photographie du r\u00e9el n\u2019est ni dans la repr\u00e9sentation de l\u2019authentique, une technique de photographe \u00e0 l\u2019instantan\u00e9, ni dans l\u2019authenticit\u00e9 de la repr\u00e9sentation, une photog\u00e9nie auto-r\u00e9f\u00e9renc\u00e9e en quelque sorte dont on voit bien que la pr\u00e9tention se d\u00e9grade aujourd\u2019hui<\/span><\/span><\/span>.<br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">On a pu chercher dans la photographie la trace du monde objectif. Puis l\u2019image a \u00e9lev\u00e9 une pr\u00e9tention \u00e0 \u00e9riger un nouveau monde objectif. Une autre objectivit\u00e9 dont se r\u00e9clamait notamment le dispositif propos\u00e9 par Jean-Fran\u00e7ois Chevrier et James Lingwood (Paris-Prato, 1989, Idea-Books). Habiter les images de Massimiliano Marraffa rappelle d\u2019ailleurs le d\u00e9sordre ordinaire d\u2019un <a href=\"http:\/\/www.jeanlouisgarnell.net\/\">Jean-Louis Garnell <\/a>(Pluidor, 1987, 54 x 70 cm\u202f; La v\u00e9randa, 1987, neuf \u00e9preuves couleur, 23,5 x 29,5 cm), \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019on n\u2019y retrouve ni le m\u00eame \u00e9loignement ni, finalement, cet ordre de mise en sc\u00e8ne.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">A un autre bout du spectre, les Bruits de fond de Massimiliano Marraffa peuvent faire penser aux <a href=\"http:\/\/www.paris-art.com\/marche-art\/des-natures-mortes-a-l-objet-1993-2003\/tremorin-yves\/4040.html\">Natures mortes d\u2019Yves Tr\u00e9morin (<\/a>D\u2019ar\u202fger, Rennes, Mus\u00e9e des Beaux-arts, 1999). Mais pr\u00e9cis\u00e9ment, Tr\u00e9morin assume une recherche \u00abde genre\u00bb avec laquelle Marraffa propose de rompre. Tr\u00e9morin est par ailleurs trop pr\u00e8s du sujet qu\u2019il d\u00e9coupe et d\u00e9tache du monde en vue d\u2019\u00e9riger \u00abl\u2019\u00eatre\u00bb inanim\u00e9 de la nature morte.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Plut\u00f4t qu\u2019un approfondissement, Massimiliano Marraffa cherche un d\u00e9passement de la d\u00e9marche r\u00e9flexive propre \u00e0 ce courant objectivant. Ni retour \u00e0 l\u2019objectivisme, ni retour aux proc\u00e9d\u00e9s d\u00e9sormais classiques de l\u2019objectivation, son travail s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019objection qui semble sourdre de la sc\u00e8ne elle-m\u00eame, une sorte de r\u00e9sistance \u00e0 sa saisie par l\u2019image. Il s\u2019agit, en somme, que l\u2019image retiennent l\u2019objection du monde. Et c\u2019est cette retenue, cette r\u00e9serve qui est pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019image sous l\u2019aspect des restes, des traces. En plus de l\u2019image de la chose photographi\u00e9e, le clich\u00e9 repr\u00e9sente, par un indice, la r\u00e9sistance de la chose \u00e0 l\u2019\u00e9preuve photographique, \u00e0 l\u2019\u00e9preuve que la photographie est susceptible de lui faire subir. La photographie de Massimiliano Marraffa porte ainsi une attention soutenue \u00e0 tout ce dont on ne peut pr\u00e9cis\u00e9ment rendre compte; elle en cherche, de fa\u00e7on r\u00e9fl\u00e9chie, des \u00e9quivalents fonctionnels, en vue pr\u00e9cis\u00e9ment de faire travailler l\u2019image.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La photographie ne repr\u00e9sente pas le r\u00e9el et n\u2019a pas \u00e0 le faire. Comment jouer alors avec la force de l\u2019image pour <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">attaquer notre perception du monde\u202f? Il faut, nous dit Massimiliano Marraffa, qu\u2019il y ait un lien, int\u00e9rieur \u00e0 l\u2019image, avec le dehors de l\u2019image qui devient son r\u00e9v\u00e9lateur. Les th\u00e9ories de l\u2019information n\u2019auraient-elles pas \u00e9t\u00e9 plus int\u00e9ressantes si elles avaient fait du bruit le r\u00e9v\u00e9lateur du message? La trace humide laiss\u00e9e par l\u2019aubergine sur la plaque du four est davantage que l\u2019aubergine, une sc\u00e8ne compl\u00e8te. On est en pleine action. A contrario, je pense aux natures mortes de Point it \u00ae, le \u00abpicture dictionary\u00bb \u00e9dit\u00e9 par Dieter Graf Verlag \u00e0 l\u2019ing\u00e9nuit\u00e9 d\u00e9ictique si caract\u00e9ristique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dans les photographies de Massimiliano Marraffa, au lieu que tout soit parfait, il faut plut\u00f4t qu\u2019un grain de sable interdise de faire la \u00abbelle image\u00bb. Ce faisant, le macul\u00e9 ou le sale n\u2019ont pas la fonction qu\u2019ils avaient lorsqu\u2019\u00e9tait recherch\u00e9e une autre objectivit\u00e9. Finalement, on est pas tant que \u00e7a obs\u00e9d\u00e9 par la rupture avec la belle image; quand bien m\u00eame Marraffa aurait grandi dans cette rupture. Il n\u2019y a rien de nouveau \u00e0 montrer dans le sale, mais plut\u00f4t quelque chose \u00e0 faire fonctionner avec le macul\u00e9, qui est du registre de l\u2019action, on l\u2019a dit, mais qui, sortant du cadre, exprime surtout le dehors de l\u2019image. Le grain de sable est souvent litt\u00e9ral: de petits reliefs, les miettes, disent l\u2019action de manger et l\u2019\u00e9miettement du repas. On ne d\u00e9jeune pas, en effet, en dressant simplement une table mais en mangeant, ce que des objets trop saillants, la tasse au premier plan, ne sauraient exprimer \u00e0 eux seuls. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Laurent Duclos<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arimo,sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Sociologue<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/massimilianomarraffa.com\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/DSC0127.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-659\" src=\"http:\/\/massimilianomarraffa.com\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/DSC0127.jpg\" alt=\"Bruits de fond 2006_Sans titre, e\u0301preuve pigmentaire sur papier mat, 16x25_1\/7\" width=\"800\" height=\"532\" srcset=\"https:\/\/massimilianomarraffa.com\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/DSC0127.jpg 800w, https:\/\/massimilianomarraffa.com\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/DSC0127-300x199.jpg 300w, https:\/\/massimilianomarraffa.com\/wp-content\/uploads\/2006\/01\/DSC0127-304x202.jpg 304w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer; top: 805px; left: 20px;\">Salva<\/span><\/p>\n<p><span style=\"border-radius: 2px; text-indent: 20px; width: auto; padding: 0px 4px 0px 0px; text-align: center; font: bold 11px\/20px 'Helvetica Neue',Helvetica,sans-serif; color: #ffffff; background: #bd081c  no-repeat scroll 3px 50% \/ 14px 14px; position: absolute; opacity: 1; z-index: 8675309; display: none; cursor: pointer;\">Salva<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La distance est \u00e0 jamais infranchissable entre la repr\u00e9sentation et le r\u00e9el mais la tension est maximale qui permet \u00e0 notre tradition d\u2019exploiter toutes les figures de la pr\u00e9sence et de l\u2019absence. \u00c7a ne finira donc jamais? 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